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Qui veut la peau des archives ouvertes ?

Les archives ouvertes (Green OA) se retrouvent au coeur d’une campagne de dénigrement coordonnée par certains éditeurs scientifiques. Une tribune publiée sur le site de l’OASPA a, dans un premier temps, contesté la légitimité des archives ouvertes dans l’accomplissement de la transition vers la science ouverte. Lors de la conférence Academic Publishing in Europe, Franck Vrancken Peeters, CEO de Springer-Nature, a profité de son intervention pour tirer une nouvelle salve de critiques, bordée d’approximations et de contre-vérités. A l’orée de l’application du Plan S et en complément de la réponse de COAR (Confederation of Open Access Repositories), Casuhal tient à réaffirmer l’importance des archives ouvertes dans l’écosystème de la science ouverte.

Gold OA selon Springer NatureGreen OA
Timing« Available immediately on publication« Les limitations au dépôt immédiat des publications dans des archives ouvertes ne sont pas liées aux archives ouvertes elles-même mais au respect des délais d’embargo imposés par les éditeurs. La loi pour une République numérique a permis de réduire ces durées d’embargo (qui pouvaient aller jusqu’à 48 mois pour certains éditeurs). La crise sanitaire actuelle a démontré la nécessité vitale de diffuser au plus vite les publications scientifiques validées.
Version« Final published version of record (VoR)« La version mise en avant par les archives ouvertes est le postprint, document auteur de même contenu scientifique que le document validé et publié. Il ne tiendrait qu’aux éditeurs de fournir un document postprint adéquat pour le dépôt en archive ouverte. Les archives ouvertes permettent en outre le versioning, ce qui permet d’avoir accès aux versions précédentes de l’article ou aux addenda et corrigenda éventuels. 
Location and discoverability« Easily discoverable on publisher’s platform, alongside other relevant content« Les archives ouvertes sont référencées et moissonnées par de nombreuses bases de données et archives utilisées par certaines communautés scientifiques mais aussi par des moteurs de recherche plus généralistes, Google Scholar, Microsoft Academic Search, Unpaywall…
Integrity of scientific record« VOR is maintained, updated for any post-publication corrections, and linked to by the publisher, ensurong clear and accurate scientific record in perpetuity »La version postprint d’une publication est une version validée par les pairs dont le contenu scientifique est exactement celui de la version éditeur. Si des corrections postérieures à la publication doivent être amenées au document, cela peut faire l’objet de dépôt de nouvelles versions. Le lien via un DOI vers la page de l’éditeur permet l’accès aux métadonnées associées au document. Ces métadonnées peuvent par ailleurs faire l’objet d’un contrôle qualité au sein de l’archive ouverte.
Licensing« Open licence (e.g. CC BY) allows users to build on, adapt, and share onwards« Il est tout à fait possible d’apposer une licence ouverte sur la version postprint d’une publication. Le guide d’application de la loi pour une République numérique précise la possibilité d’attribuer à ces documents une licence creative commons à condition qu’elle porte la mention non-commerciale.
Bon nombre des licences ouvertes proposées par les grands éditeurs sont restrictives et limitent fortement la réutilisation qui est pourtant demandée de plus en plus par les agences de financement. Certains d’entre eux indexent le tarif de leurs APC en fonction du type de licence souhaité, plus la licence sera ouverte plus les APC seront chers.
Path to open science« Can be bi-directionnally linked to open data sets and protocols, as well as included in open metrics, and complying with open standards« Les dépôts de publications dans des archives ouvertes peuvent renvoyer vers d’autres publications, des jeux de données spécifiques ou des commentaires. À partir des champs descriptifs présents pour chaque dépôt et en s’appuyant sur les identifiants numériques tels que les DOI, il est assez simple de faire des liens et des renvois vers d’autres ressources.

Viability of full OA transition
« Editorial & publishing activities and infrastructure funded via APCs / transformative agreements – transition to full OA possible and sustainable in the long-term« Les archives ouvertes représentent l’infrastructure idéale pour une transition vers le 100 % accès ouvert. D’autres outils peuvent s’appuyer sur ces plateformes pour permettre la mise en place des circuits d’édition et d’évaluation ouverts et transparents dont les communautés de chercheurs peuvent s’emparer. Certaines initiatives sont déjà développées en ce sens (PCI, Épirevues)
Coût[thématique absente des considérations de Springer-Nature]Les archives ouvertes garantissent la maîtrise des coûts de diffusion des publications scientifiques. Généralement développées par des institutions ou des infrastructures à but non lucratif, leur objectif est de rendre la science accessible sans bénéfices financiers. Les grands éditeurs de leur côté proposent des APC en fonction du prestige de leurs revues et des options de licences ouvertes désirées, ce qui implique des tarifs généralement très importants par article. De plus, à l’instar des abonnements, rien n’indique que ces tarifs n’augmenteront pas au fil des années.

Rien d’étonnant à voir les éditeurs défendre leurs intérêts : s’ils ont d’abord perçu l’avènement de l’open access comme une menace, ils y ont rapidement vu une opportunité de conforter leurs conséquentes marges bénéficiaires grâce au modèle auteur-payeur (voir Sami Kassab, Perceptions de l’open access par les marchés financiers, JAO2015 : 6es journées open access Couperin, 12-14 octobre 2015, Paris, France.). Et leurs perspectives de développement passant par la commercialisation d’outils d’analyse et d’évaluation (Scival, Dimensions…), garder la main sur les publications et les données de la recherche est un élément essentiel de leur stratégie.

En tant que club utilisateur de l’archive ouverte nationale et institutionnelle HAL, nous avons souhaité apporter des réponses précises et factuelles aux affirmations erronées ou approximatives de ces éditeurs. Nous voulions aussi rappeler que l’open access se construit autour d’une diversité de modèles qui coexistent et que le paiement d’APC ne concerne que 27% des revues en accès ouvert (voir Directory of open access journals). Les acteurs qui travaillent à l’enrichissement des archives ouvertes sont multiples mais œuvrent à un projet commun, pour le bénéfice de la communauté. Ce modèle soutenu par la puissance publique est le plus à même de garantir un accès ouvert durable et équitable et de favoriser la transition vers une science plus intègre.

1 commentaire pour “Qui veut la peau des archives ouvertes ?”

  1. Cette réponse est excellente. Dans nos négociations avec les éditeurs, nous insistons pour permettre le dépôt des version publiées (pdf) sous HAL, et ils acceptent en général.
    Juste une précision: 27% des journaux OA sont en gold, mais la proportion d’articles publiés en gold est bien plus conséquente (pour l’instant du moins).
    Enfin, HAL joue parfaitement son rôle d’archive ouverte, mais n’est pas (encore?) une plateforme de publication.
    Amicalement

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